Réunion de crise au Maroc, un choix qui n’est pas fortuit devant une contestation interne, des défections en série et dès soutiens qui s’effritent : jamais depuis 2016 le président de la FIFA n’avait paru aussi fragilisé. Il vient chercher de l’aide chez les africains durant la CAN féminine.
Il y a encore quelques semaines, la réélection de Gianni Infantino à la présidence de la FIFA en mars 2027 paraissait presque une formalité. Dix ans après son arrivée à la tête de l’instance mondiale, l’Italo-Suisse semblait disposer d’une majorité confortable au sein des 211 associations membres. Mais l’échec retentissant du projet FIFA Forward Enterprise (FFE), destiné à ouvrir les activités commerciales de la FIFA à des investisseurs privés, a brutalement changé la donne. La crise n’est plus seulement celle d’un projet abandonné. Elle est devenue une crise de gouvernance, de confiance et d’autorité. Chaque jour apporte son lot de nouvelles défections, de critiques et de prises de distance. Une dynamique qui nourrit désormais un scénario longtemps impensable : celui d’un départ anticipé ou d’un échec d’Infantino lors de l’élection de 2027.
Une réunion de crise qui en dit long
Le 5 août, Gianni Infantino a réuni en urgence les principaux dirigeants de la FIFA au siège africain de l’organisation, au complexe Mohammed VI de Salé, au Maroc. Officiellement, il s’agissait de tourner la page du projet FFE. Le communiqué publié à l’issue de cette rencontre reconnaît que « des erreurs ont été commises » et présente des excuses pour la manière dont le dossier a été conduit. Les dirigeants admettent que le Conseil de la FIFA et les associations membres auraient dû être davantage associés au processus. Dans le même temps, les membres présents ont réaffirmé leur « plein soutien » à Gianni Infantino, présenté comme le seul dirigeant élu par les 211 fédérations nationales. Mais cette démonstration d’unité ressemble davantage à une opération de sauvetage qu’à une véritable sortie de crise. Un appel également au secours à l’Afrique qui ne s’est pas encore prononcé malgré le lobbying marocain au profit de d’Infantino. Car si le communiqué affiche un soutien officiel, il ne souffle pas mot des contacts africains et ne répond pas à la question qui agite aujourd’hui le football mondial : jusqu’où ira la contestation ?
Les fissures se multiplient
Jamais depuis son arrivée au pouvoir en 2016, Gianni Infantino n’avait été contesté par autant d’acteurs en même temps. Son conseiller principal, Carlos Cordeiro, a quitté ses fonctions après avoir dénoncé le projet FFE. Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial, a également pris ses distances. La Concacaf réclame une remise à plat complète de la gouvernance de la FIFA. L’UEFA affirme avoir perdu confiance dans son président et certains de ses responsables sont allés jusqu’à évoquer un boycott des compétitions de la FIFA si les réformes de gouvernance n’étaient pas engagées. Même plusieurs fédérations nationales, jusque-là discrètes, commencent à retirer officiellement leur soutien. À cela s’ajoutent les critiques de responsables politiques, notamment le Premier ministre canadien Mark Carney, qui estime qu’une gouvernance fonctionnant sans information des principaux dirigeants est « fatale » pour une organisation de cette importance.
Donald Trump prend-il ses distances ?
L’une des interrogations les plus commentées concerne désormais les relations entre Gianni Infantino et Donald Trump. Selon plusieurs médias américains, le président de la FIFA aurait tenté de joindre à plusieurs reprises Donald Trump ainsi que le secrétaire d’État Marco Rubio afin d’obtenir un soutien public dans cette période de crise. Ces informations ont toutefois été partiellement démenties par l’entourage de Marco Rubio, tandis que la Maison-Blanche s’est abstenue de tout commentaire lorsqu’elle a été interrogée sur un éventuel maintien du soutien présidentiel à Gianni Infantino. Ce silence contraste avec la proximité affichée entre les deux hommes durant la Coupe du monde 2026, où Donald Trump et Gianni Infantino étaient apparus à plusieurs reprises côte à côte. Sans constituer une rupture officielle, cette absence de soutien public nourrit les interrogations sur l’évolution de leurs relations et renforce le sentiment d’isolement du président de la FIFA.
La fronde gagne désormais la maison de Zurich
Le phénomène le plus inquiétant pour Gianni Infantino vient peut-être de l’intérieur même de son organisation. Selon plusieurs témoignages recueillis auprès de salariés de la FIFA, un profond malaise s’est installé après l’épisode FFE. Les employés dénoncent une gouvernance devenue excessivement centralisée, où les décisions seraient prises par un cercle très restreint sans réelle concertation. Certains cadres affirment que les salariés n’ont désormais plus qu’à exécuter des décisions auxquelles ils ne sont jamais associés. D’autres décrivent une institution qui, à leurs yeux, donne désormais la priorité aux intérêts commerciaux plutôt qu’au développement du football. Plusieurs employés vont encore plus loin en estimant qu’un changement de direction est devenu indispensable avant même le Congrès électif prévu à Rabat en mars 2027. Une telle contestation interne est quasiment sans précédent dans l’histoire récente de la FIFA.
Une crise qui dépasse le projet FFE
Au-delà de l’abandon du projet de société commerciale, cette séquence révèle un problème plus profond. Ce qui est aujourd’hui contesté, ce n’est plus seulement une réforme mal préparée, mais une manière de gouverner jugée de plus en plus solitaire, opaque et éloignée des principes de collégialité que la FIFA revendique officiellement. Le communiqué publié à Salé a permis d’éviter une rupture immédiate. Il n’a pas fait disparaître la crise. Au contraire, la réunion du 5 août pourrait rester dans l’histoire comme le moment où la FIFA a officiellement reconnu ses erreurs, sans pour autant parvenir à éteindre l’incendie politique qui menace désormais sa direction.
Une certitude s’impose désormais : Gianni Infantino conserve encore son fauteuil de président, mais rarement un dirigeant de la FIFA aura semblé aussi isolé. Entre les critiques des confédérations, les défections de ses proches collaborateurs, le malaise grandissant des salariés et les interrogations autour de ses soutiens politiques, la mobilisation en faveur de son départ n’a jamais paru aussi forte. À moins de huit mois du Congrès électif de Rabat, la question n’est plus seulement de savoir si Gianni Infantino est fragilisé. Elle est désormais de savoir combien de temps il pourra encore contenir une contestation qui gagne chaque jour de nouveaux soutiens.
Avec Ahmed Bessol
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